Tentative d'envoi des textes de la cérémonie -
Bach Cela suite 2 Prélude Sonia Wieder Atherton violoncelle solo
Qui vous a dit que la victoire était bonne ?
Moi je prétends que l'échec n'est pas moins bon, que les batailles se perdent comme elles se gagnent, du même cœur.
Donc je martèle, je bas mes timbales pour les morts, Pour eux je souffle très haut ma joie aux embouchures.
Bravo à ceux qui ont échoué!
A ceux dont les vaisseaux ont sombré dans la mer!
A ceux qui, dans la mer, se sont eux-mêmes noyés !
Aux généraux victimes des combats, à tous les héros défaits !
A toute l'innombrable foule des héros inconnus égaux des plus connus dans la gloire!
extrait de Walt Whitman, américain doté d’un cerveau
Salutations bienvenue…. l’idée que chacun garde de François, reste personnelle. Intime. Je n’y toucherai pas, je ferai un portait de mon mieux. Les jours passent, depuis ce 6 janvier 2026 tout est bouclé, et ce matin on rouvre le dossier François. La vie la mort, la mort nous ramène à la vie. Retour, tel l’humus,
Chaque matin, François lisait son journal au café.
Il y a dix jours alors que débutaient les massacres civils en Iran, que la police de l’immigration commettait un crime à Minneapolis et que Poutine envoyait ses fournées de mercenaires se faire tuer au front ( où est l’humanité, cherchez ! Où est l’humanité ? ) François tombait chez lui où il était soigné, suivi avec tant de dévouement, infirmières et auxiliaires de vie, curateur patient, dame de ménage, Monique amie de longue date, veillant à ses fugues erratiques, tant de personnes autour de lui que je voudrais remercier d’abord. Souffle coupé, le cœur soufflé, stoppé. Épuisé, il est tombé. Dans son dénuement familier : ce studio qu’il occupait depuis quinze ans, asile de sa solitude et témoin des tempêtes. François a vécu relié à la rue, avec ses marginalités, sa fraternité et ses coups de vache.
Tu as de la chance, me disait-il, toi tu vis dans la réalité. Oui, je travaille et je cours beaucoup ! Lui c’était la rêverie l’indécision, cette difficulté à saisir le présent, ses servitudes courantes (le ménage les réparations et les petites courses à faire). « Les piles… il faut changer tes piles pour le téléphone, on ne peut plus t’appeler ! ….oui je le ferai demain (je le ferais …. emploi régulier du conditionnel)
« Mais il ne fait que ce qu’il veut ! » dit Monique, son amie sa petite sœur, sa protectrice plusieurs fois providentielle, « François c’est l’oiseau sur la branche !! » Elle éclate de rire. Rêverie toujours…. Tourné vers la prospective, les projets, fabuleux ou frauduleux, le commerce avait pris le pas sur l’ingéniérie. François imaginait et brouillonnait, il se logeait dans le futur, en perpétuelles songeries. Il suivait son idée fixe et s’étonnait de ne pas avancer ….
Par le souvenir, il se consolait : son enfance, ses études brillantes, son poste d’ingénieur, ses copains d’école et ce temps d’avant, un âge d’or. Il avait appris le violoncelle. La musique, ce foyer rougeoyant, cette étude….
Violoncelle
Bach Cela suite 4 Allemande par Sonia Wieder Atherton
Lettre du père Mérimée lecture par Hugo
François tu nous as quitté hier matin, la neige tombait sur Lille en ce 6 janvier 2026.
Sans bruit, comme toi.
Tu rêvais de violoncelle et de vélo.
Ton violoncelle ne jouera plus, ni avec Clémence ni avec d'autres amateurs de musique comme elle.
Ton vélo ne sera plus jamais réparé .
François tu étais très généreux, plein de projets et de rêves un peu fous Je t'avais lancé un défi quand tu avais eu la gentillesse de me demander mon avis sur ton avenir: « si tu répares ton vélo, alors tu pourras faire peut être des projets qui ne seront pas que chimériques. »
La marche était encore trop haute pour toi, le vélo à la roue crevée est resté au garage et toi, tu t'en est allé sur la pointe des pieds.
Tu es allé rejoindre Celui dont tu me disais que tu avais tellement de mal à le prier et dont tu ne comprenais pas bien les desseins.
Je suis sûr qu'il t'a ouvert grand les bras, avec cette belle hospitalité dont toi même as donné tant d'exemples, souvent au mépris de ta propre sécurité:
La Maison du 60 ne t'oubliera pas.
Sois béni, François.
Frère Jean Pierre Mérimée
Je m’appelle Paul je m’appelle François je m’appelle Marc ou Michel je m’appelle Jac je suis né dans un pays d’industrie lourde, acier charbon, tout ce qu’on fabriquait pesait son poids. J’étais trop faible pour soutenir la charge heureusement il y avait tous mes frères. Qui partageaient la même condition. Sans oublier « ma frère » Claire, notre sœur par qui nous percevions chacun notre déficit de féminité, niché dans le repli de nos drôles de caractères, tous nous proclamant frondeurs, bravaches, du Nord et forts en gueule, FAROTS ! Fanfaron…..Tel m’apparait François de façon touchante, et certaines fois fatigante et Benoit aussi, son ainé direct. Et sans doute en la matière, je ne vaux pas mieux !
Ce n’était pas rien d’être cette tribu sonore : les Bonnaffé ! Sous les ordres d’un gendarme sourcilleux, maman ! Suzanne, j’y reviendrai…. à elle ou à ce pouvoir donc à notre impulsive désobéissance, qu’il m’a semblé retrouver chez François et les autres, comme chez moi.
Ma soeur mes frères et moi, c’était comme les doigts. Et ce pays noir, on en a fait notre terrain de jeu, on ajoutait des frères des soeurs (et je pense à ma seconde famille de proche Algérie et du serment qu’avaient passé Suzanne et Pierre d’aimer nos voisins Amrounis comme nous-mêmes ). Les sept doigts de la main ! On avait chacun sa place, majeur ou annulaire, j’aurai pu être auriculaire, ce petit doigt qui sait tout mais il y a eu Michel, le jeune frère tombé du toit, mort le 3 septembre 2017 un an après papa. On se bagarrait pour être l’index peut-être, mais pour le pouce pas de bousculade. De bons élèves, des diplômes et chacun se distinguait : on ne mélange pas les doigts. L’un fit l’aventurier voyageur et se posa dans son essaim d’abeilles en Provence, l’autre devint cardio et se la joua médecin de famille, l’une fit une carrière sociale édifiante au service des femmes isolées, et l’autre ici, fit ingénieur pour se distinguer brillamment, comme le suivant qui voulut faire architecte pour être respecté, Michel choisit l’agronomie et dériva dans la farine il finit chef d’entreprise, ramoneur. Et le sixième, devant vous, n’a rien fait que de jouer, se défiler comme Cafougnette. Jouer ou rejouer la vie des autres.
A cette époque d’acier lourd, il fallait travailler. Le Capital l’avait édicté : nous étions force de travail et production / marchandise, plus-value et profits. Le ciel était chargé de nuages mais l’activité primait. Ça s’est arrêté, vers les années 90, ce fut le cas pour celui-ci. Pouce ! a dit François. La région troquait l’industrie pour le chômage, le gros œuvre filait à l’est. Peu à peu, on découvrit l’hyper-commerce et la société des services (merci encore à eux quand ils deviennent personnel soignant, curateurs avisés et auxiliaires de vie). Fini, plus de marchandises mais du merchandising. Et du commerce ! François pouce en rêvait, la rupture se fit dans les années 90.
Lecture du CV rédigé par François
CURRICULUM VITAE SIMPLIFIÉ
A 68 ans on ne met plus que l'essentiel pour me décrire
1977 Ingénieur de l'Ecole Centrale de Lyon option mécanique
1979 Enseignement de français en Irlande à Dublin Je parle très bien anglais tanglais technique
1981 1991 Ingénieur a Jeumont Schneider (électromecanique, moteurs électriques et nucléaire) 2 postes successifs: bureau d études puis ingénieur de chantier en centrales nucléaires avec une équipe de 7 ouvriers et techniciens sur les pompes primaires et les mécanismes de barres de contrôle du réacteur.
1992 1995 Enseignant de Physique en collèges et lycées
2000 2005 Vendeur en hypermarches divers et interim divers. Gout du commerce découvert. Problèmes de santé aujourd’hui complètement résolus et guéris, travail dans le monde de la culture, intermittent du spectacle, et diverses choses.
2009 2015 de nombreux intérims de mécanique industrielle, rappel de mes chantiers nucléaires en grand déplacements auxquels je suis habitué.Notamment les chantiers de maintenance annuelle lors des congés d'été des salariés Je ne rappelle pas de tous les chantiers .Les plus marquants sont: -Citroen a Rennes changement de la chaine de convoyage et modernisation
- la française de Mécanique à Douvrin entretien annuel d un grand centre d usinage
- Usinor Dunkerque mécanique lourde sur le laminoirs des brames
- Papeteries de l'Aa près de Saint Omer changement du tapis roulant des rouleaux de papier démontage de l'ancien
- imprimerie d Arras 3 années entretien annuel des rotatives qui doivent etre très fiables toute 1 année changement de roulements a billes
- Centre de valorisation des déchets à Bouchain, travail de charpente métallique ,d un aérorefrigérant de 30 metres de haut ;
démontage et montage mécanique Chaine de convoyage
- d'autres chantiers de mecanique industrielle sur la Métropole lilloise 2016 2020, Employé d Alteréos entreprise de numérisation par informatique
En retraite depuis 2020 je n ai pas assez de retraite et cherche à retravailler soit Métropole soit en déplacements en maintenance industrielle ou montage. Je n'ai pas d'outillage, j'ai un bleu de travail et des chaussures de sécurité. Je suis disponible de suite. Je ne suis pas véhiculé. J ai le permis B avec 12 points. Je peux acheter un scooter si il faut être motorisé à 20 kms.
Projections des photos de sa vie
Lecture du message de Benoit se proposant comme un prolongement d’une conversation avec François.
À chaque jour suffit sa peine est une phrase ambiguë, chargée de plusieurs significations dans la vie courante. Pourtant, quand Jésus la prononce au chapitre 6 de Matthieu, elle signifie clairement une chose particulièrement simple : si des choses mauvaises se produisent tous les jours, ou presque, il ne faut pas en rajouter. Il nous rassure concernant la vie matérielle et dit que Dieu n'est pas insensible à notre condition de chaque jour : il y aura des mauvaises choses tous les jours, pas de grands malheurs mais des soucis. Et notre père, qui les connaît, y pourvoira. Il nourrit bien les oiseaux et habille magnifiquement les lys des champs, venait-il de dire au verset précédent.
Nous sommes dans la peine. C'est l'hiver. Avec ses contraintes. De plus, beaucoup vivent dans l'angoisse d'un futur incertain. Jésus nous donne deux bons conseils : ne pas avoir peur, avoir confiance en lui et en son père. Plus notre foi en lui est importante, plus elle nous accompagnera dans les épreuves, rudes ou légères, qui sont le tissu de la vie.
Benoit Bonnaffé
NB - À chaque jour suffit sa peine, à condition que la paye tombe bien en fin de mois. Pierre Dac
Pour conclure, sans avoir le temps de parler de la désobéissance qui fut plus qu’un réflexe, presqu’une fatalité, le choix de cette chanson de Renaud viendra dire cette résistance propre à François, quelque ressemblance aussi à ce modèle cabossé et la tendresse qui s’en dégage. Ballade irlandaise, certes mais aussi «
François désirais planter ses fleurs et ses boutures comme Renaud ses orangers, rêvant d’en semer sur l’espace public où il réclamait une place.
J'ai voulu planter un oranger
Là où la chanson n'en verra jamais
Là où les arbres n'ont jamais donné
Que des grenades dégoupillées
Lu par Léon/ extrait de la pièce Abysses
Jac - « Tu sais, Daviduzzo, je voudrais tant vivre quelques années de plus. »
Léon -
(…)
« Ne pleure pas, Beppuzzo, nous ne devons pas pleurer. »
Et même en cet instant, l’extraordinaire capacité d’écoute de l’oncle Beppe luit dans la chambre. Il est sincèrement curieux de m’écouter.
« Si personne n’était venu te voir, si tu étais resté seul dans cette chambre d’hôpital, voilà, peut-être y aurait-il eu une raison de pleurer. Mais tu as vu, tonton, combien de personnes viennent te rendre visite ? Cela veut dire qu’une chose légère comme la vie a eu un poids dans l’existence de tant d’autres personnes. Et puis, tonton, un an, deux ans, dix ans de plus, n’ajouteraient rien à notre relation. Dans ma constellation, tu es l’une des étoiles les plus lumineuses. Et les étoiles font ceci : elles nous envoient de la lumière à travers le temps, pour nous indiquer la route. »
Jac - « Alors nous ne devons pas pleurer. »
Bonus : extrait de Bartelby, nouvelle de Hermann Melville
Rien n'affecte autant une personne sérieuse qu'une résistance passive. Si l'individu qui rencontre cette résistance ne manque pas d'humanité et s'il voit que l'agent de la résistance est parfaitement inoffensif dans sa passivité, il fera, dans son humeur la plus favorable, de charitables efforts pour exposer à son imagination ce qui demeure impénétrable à son jugement. C'est ainsi que je considérais le plus souvent Bartleby et son comportement. Pauvre garçon! pensais-je, il n'a pas de mauvaises intentions; il est clair qu'il ne cherche pas à être insolent; sa mine prouve suffisamment que ses excentricités sont involontaires.